« Vers un monde où le handicap n’est plus un handicap » et plein de bon chocolat

 

Nadine Abondo est fondatrice de Févier d’Or. Si vous êtes inspiré.e.s par celles et ceux qui contribuent à créer un monde meilleur pour tous, et si vous aimez le vrai chocolat, vous allez sûrement découvrir une nouvelle muse.

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Enfant, Nadine jouait avec ses frères et sœurs, dans les plantations de cacao de son père. Ils y étaient en sécurité. Dans le village d’Avebe-Esse, au Cameroun, les maisons étant construites sur les abords des routes, les voitures pouvaient être dangereuses. Comme tous les enfants de cultivateurs de cacao, elle ne mangeait jamais de chocolat. Le produit final était bien trop cher. Les enfants s’amusaient donc à écraser les fèves de cacao avec du sucre. Le goût était amer, mais c’était déjà ça.

En plus d’exercer cette activité ancestrale, ses parents étaient enseignants. Son père était un homme généreux. Il lui a transmis de fortes valeurs de partage et d’entraide. Sa mère quant à elle, lui a appris à toujours suivre ses convictions et garder foi en ses capacités de réussite.

Dès le début de notre interview, Nadine me confie qu’elle n’a jamais su accepter les injustices. Et quelle plus grande injustice que les maladies rares, et de surcroit, quand cela touche les enfants ? Ces pathologies génétiques engendrent des handicaps lourds, rendent l’autonomie très difficile et causent souvent une exclusion sociale.

« En Afrique, les enfants “différents” sont encore trop souvent associés à de la sorcellerie et ils sont maltraités. On parle beaucoup des Albinos, mais ils ne sont pas les seules victimes.»

Nadine se souvient que lorsqu’elle avait 4 ou 5 ans, sa cousine avait mis au monde un bébé qui avait 2 sexes (dite aussi, « intersexe »). Le nourrisson avait été abandonné à son sort et mis dans un coin. Les curieux passaient le regarder de temps à autres et au bout de quelques jours, il a perdu la vie. Au fond d’elle, Nadine savait que ce n’était pas acceptable, mais les adultes en qui elle plaçait sa confiance semblaient tout aussi perdus qu’elle sur le sujet. Ce n’est que de nombreuses années plus tard, lorsqu’elle assiste à une conférence en France, qu’elle découvre des explications approfondies à ce sujet. Cet enfant n’était donc même pas malade. Alors qu’elle était déjà active dans le milieu médico-social, sa conscience s’éveille brutalement et elle sait qu’elle doit faire plus.

« Un changement des représentations sociales à l’égard du handicap et des réponses concrètes aux souffrances de ces enfants étaient nécessaires. »

A 32 ans, elle crée l’association Almoha, pour venir en aide aux enfants atteints de maladies rares et de handicap, en France et en Afrique. Très vite, elle découvre qu’en France, les enfants sont plutôt bien pris en charge. Les problèmes commencent lorsqu’ils grandissent, atteignant l’âge de l’autonomie. Faire des études, trouver un emploi, fonder une famille, construire des projets de vie, sont souvent, pour eux, des rêves difficilement atteignables. C’est en ce sens que Nadine s’engage à œuvrer dans l’Hexagone. (Découvrir en vidéo)

 
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Au fil du temps et des programmes testés et éprouvés, elle se rend compte que le niveau de revenu et la qualité des emplois qui leurs sont proposés ne sont pas satisfaisants. Elle affirme à de multiples reprises : « C’est en faisant ce qu’on aime que l’on s’épanouit, qu’on libère nos talents, qu’on apprend de nouvelles choses et développe de nouvelles compétences ! ». Consciente des efforts faits, Nadine relève tout de même des insuffisances dans l’accès à l’emploi et reste convaincue qu’on peut faire mieux.

7 ans plus tard, elle décide de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Si elle est patronne, elle pourra employer des personnes en situation de handicap, mieux les rémunérer et leur permettre de monter en compétences. En lien avec son entreprise, Nadine fait un retour aux sources, dans son pays d’origine. En effet, elle est née au Cameroun, 5ème producteur mondial de cacao.

« 80% du cacao mondial pousse en Afrique ! Et j’ai grandi en plein milieu de cette culture ».

Elle est plus que légitime et enthousiaste à l’idée de créer une chocolaterie solidaire. La culture du cacao n’étant pas rentable, ses frères et sœurs avaient depuis longtemps abandonné les plantations de son père. Elle s’engage à produire du chocolat de grande qualité et à rémunérer les petits producteurs bien plus que ce qu’ils avaient l’habitude de recevoir.

« Il s’agit d’un marché mondial de 100 milliards de dollars, dont seul 10% revient aux petits producteurs. »

Ses arguments convaincants parviennent à redonner vie aux plantations familiales. Le reste de son chemin ne sera pas aussi simple.

 
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Le projet, son business model, ses valeurs, les étapes à suivre sont claires, mais il est difficile de trouver les fonds nécessaires.

Être une femme souhaitant monter une société et prendre place sur le marché du chocolat en France, relève du très gros défi. Elle souffre à plusieurs reprises de rejets teintés de discriminations et préjugés machistes et racistes. A chaque fois qu’elle se sent exténuée face aux obstacles, sa maman lui rappelle de ne pas abandonner et qu’elle «peut le faire ».

« Beaucoup de choses restent taboues en France, même la discrimination ».

Nadine finit par croiser le chemin de l’incubateur solidaire, « La Ruche » et est sélectionnée pour le programme « Les Audacieuses ». Elle y rencontre une communauté de soutien mutuel, qui lui permet de retrouver de l’énergie, de développer ses connaissances et de rencontrer les bons investisseurs.

 
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Le Févier d’Or, la chocolaterie solidaire, est aujourd’hui situé à Saint Ouen. Sur 6 salariés, 5 sont en situation de handicap. Avec ses méthodes managériales s’appuyant sur l’écoute et la solidarité, chacun exprime ses talents, trouve sa place et contribue à faire avancer la société. Avec amour, ils produisent leur chocolat de A à Z.

« Seul un chocolatier sur dix travaille sa fève de cacao et fabrique son propre chocolat en France ! » 

Leurs méthodes innovantes et respectueuses de la nature apportent aux fèves de cacao des arômes bien plus riches et contrairement à d’autres producteurs, ils n’ont pas besoin de couper leurs produits avec des ingrédients censés rehausser les saveurs. (cf visuel / étapes de production).

 
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De même, leurs boîtes de chocolat sont jugées tellement jolies que les clients les gardent pour y mettre leurs bijoux, ou reviennent avec pour faire un « re-fill ».

Beau, bon, juste et écolo ! Worlds ne pouvait rêver d’un meilleur cas d’école pour illustrer ce que nous entendons par devenir des designers d’abondance. C’est en répondant aux besoins que nous rencontrons avec l’amour dont nous sommes capable que nos visions se développent, nous indiquent les projets que nous devons créer ou auxquels nous pouvons contribuer, en unissant nos forces avec des personnes partageant nos valeurs et complétant nos capacités.

 

Alors qu’en 2019, beaucoup d’individus souffrent de mener des vies dénués de sens, Nadine a réussi à s’en enrichir en s’engageant à 100% dans ce en quoi elle croit. « Ce ne sont pas seulement les biens matériels qui font la réussite », me confie-t-elle en fin de reportage. « Lorsque je suis malade, c’est un humain qui vient tout faire pour que j’aille mieux. »

D’ici un an, Nadine vise à ouvrir une première boutique afin d’accéder à un plus grand nombre de clients particuliers.

Outre de petites aides d’amis et autres, Nadine a bénéficié du soutien financier de BNP Paribas et de la MAIF grâce à qui, cette entreprise a pu voir le jour. De même, grâce à La Ruche et surtout à ses partenaires du programme « Les Audacieuses », Nadine a bénéficié de l’aide de la Société Opinionway qui a réalisé gracieusement une étude marketing sur le potentiel de la marque Févier d’Or. Et c’est aussi grâce à ce programme que l’entreprise Raja, qui soutient l’entrepreneuriat des femmes a été convaincue de la qualité des chocolats de Févier d’Or et lui a passé une grosse commande afin d’offrir du chocolat solidaire à ses propres clients.

Autre projet enthousiasmant : emmener son équipe au Cameroun pour rencontrer les producteurs et produire sur place, du chocolat, à distribuer dans les écoles !

Dans le monde de Nadine, on prend soin de tous les enfants, tous les adultes ont droit à une vie autonome et épanouissante et on y mange du très bon chocolat. Ce qui nous donne bien envie de le voir grandir en s’attirant beaucoup de soutien.

« Le comble », dit-elle, « c’est qu’aujourd’hui je peux m’offrir le luxe de demander, à notre chocolatier de me faire goûter ce qu’il est en train de préparer. »

La boucle est bouclée.

Nesem Ertan, Worlds Studio